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anuriandima84, Liamjod, mekhala, mnopq
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Islamisme, management, et vidéoclips (3)
December 3, 2005 - 10:09 AM
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Sans aucun doute, la repentance, la nouvelle vie, le basculement, jouent un rôle essentiel chez les nouveaux fondamentalistes. On retrouve aussi l'idée d'une foi vécue comme quelque chose de personnel, vecteur de la réalisation de soi. Le dernier programme d'Amr Khaled s'intitule La Fabrication de l'existence et exalte la « pensée positive », le positive thinking des prêcheurs américains. Alors qu'on pensait avoir affaire à un renouveau religieux très contestataire et antioccidental, on découvre une religion du retour sur soi, de l'équilibre intérieur. L'essentiel n'est plus l'Etat - et le projet révolutionnaire qui peut l'accompagner -, mais l'individu. Cette foi convient à une bourgeoisie égyptienne en pleine phase de restructuration après avoir été mise à mal par les idéaux égalitaires du socialisme nassérien. Elle exalte les deux grands piliers de cette classe : le libéralisme et la piété.
Est-ce un mouvement de retour identitaire, hostile au monde extérieur, occidental en particulier ?
-Quand Amr Khaled parle de la nécessité pour le monde arabe de sortir de son arriération, il va chercher ses modèles en Allemagne et au Japon, et non dans l'islam des « califes bien guidés », l'âge d'or du salafisme. C'est le retour de Dieu, mais sans les islamistes. Un peu comme si, aux marges des appels au djihad, l'islam glissait en silence du clash des civilisations vers la fin de l'histoire. Car ces modèles de religiosité sont fondés sur le consumérisme, l'hédonisme, le repli sur l'individu. Ils marquent la fin de l'obsession identitaire et prennent leurs distances avec l'engagement militant. Cela explique le succès de la littérature de management et de réalisation de soi, véritable utopie de substitution auprès de certaines composantes des déçus de l'islamisme.
Des islamistes convertis à la littérature de management ?
-Oui. Tout a commencé à la fin des années 80, quand de jeunes islamistes irakiens, koweïtiens et palestiniens sont partis étudier aux Etats-Unis. Ils y ont découvert cette littérature dans les facultés d'économie, et l'ont rapatriée dans le monde arabe, certains en tentant de l'islamiser. Elle avait tout pour séduire : elle visait, comme le projet islamique originel, à transformer la société par une réforme morale des individus, elle leur offrait une éthique conforme à leur nouveau monde - l'entreprise - et une utopie non polémique.
Et cela aboutit à ce paradoxe : le nouvel islamisme n'est plus éloigné des valeurs de l'Amérique de Bush...
-A choisir entre les deux universalismes - le français et l'américain -, l'islam postmilitant table sur la modernité à l'américaine. Plutôt que l'Etat, la raison et l'égalité, ses promoteurs choisissent la religion, l'individu, la morale et la responsabilité. Ils rejoignent, sans probablement en avoir conscience, les critiques des néoconservateurs américains contre les Lumières françaises. Ils ne puisent pas leur inspiration chez Voltaire et Rousseau, mais dans la littérature de management, qui, empreinte de morale, contourne l'Etat et correspond aux valeurs de la culture d'entreprise.
C'est aussi un symptôme de la prise de conscience du retard des pays musulmans sur le reste du monde ?
-Oui. Amr Khaled répète que le monde musulman est dans une phase de décadence. Il a lu le rapport du Programme des Nations unies pour le développement qui a mis en évidence le retard dramatique du monde arabe, et qui y a fait l'effet d'une bombe. Son discours sur la richesse est aussi en accord avec le mouvement de dérégulation de l'Etat qui a commencé au milieu des années 90. Moins d'Etat providence, plus d'oeuvres de la providence, pourrait-on dire. En revanche, si ce mouvement se détourne de la politique et des projets révolutionnaires, la pression sociale sur les normes morales et de comportement s'accentue. Car, en faisant l'impasse sur une réflexion idéologique de fond, cette modernisation des comportements et des styles, au-delà de son aspect éclaté et de la religiosité « plus cool » affichée par un Amr Khaled, continue de confirmer la matrice salafiste qu'elle conteste pourtant en creux. Car les éclats du talk-show pieux voilent en définitive bien mal la pâleur d'un islam des Lumières tant attendu ici, mais relégué, une fois encore, dans les coulisses de l'histoire.
(1) Mouvement fondé en 1928, prônant une renaissance de la société sur une base religieuse. (2) Le salafisme est un mouvement rigoriste prenant pour modèle l'islam des origines. (3) Chrétiens appartenant au courant évangélique qui met les croyants en prise directe avec Dieu via la musique, les prières collectives et l'étude de la Bible.
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